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Exil

Je crie et j’écris

Par Jean Venel Casséus

Loin de ma terre natale je fais de ma nostalgie un papier en béton, une stèle de sel, une table de veille où mes cris tiennent tête à la nuit... Car ma terre ne me quitte pas! Elle marche dans mes veines avec ses tambours de poussière, ses arbres battus de mémoire, ses chemins dont chaque pierre garde la brûlure d’un nom. J’écris pour un pas, pour une nuit, pour le sursis d’une lampe debout dans la grande gorge du vent. J’écris afin que l’exil ne fasse pas de mon âme une chambre sans visage. Mes mots y sont gravés comme on grave un serment sur la porte d’un siècle fermé. Avant qu’il soit minuit, je jette à l’ombre mes syllabes comme des braises contre l’oubli. Et si la nuit encore s’épaissit, je porterai ma terre dans ma bouche comme une langue de feu. Loin d’elle, certes, mais debout dans son appel, et vivant dans tous ses possibles.