Exil
Je crie et j’écris
Loin de ma terre natale
je fais de ma nostalgie
un papier en béton,
une stèle de sel,
une table de veille
où mes cris tiennent tête à la nuit...
Car ma terre ne me quitte pas!
Elle marche dans mes veines
avec ses tambours de poussière,
ses arbres battus de mémoire,
ses chemins dont chaque pierre
garde la brûlure d’un nom.
J’écris pour un pas, pour une nuit,
pour le sursis d’une lampe debout
dans la grande gorge du vent.
J’écris afin que l’exil
ne fasse pas de mon âme
une chambre sans visage.
Mes mots y sont gravés
comme on grave un serment
sur la porte d’un siècle fermé.
Avant qu’il soit minuit,
je jette à l’ombre mes syllabes
comme des braises contre l’oubli.
Et si la nuit encore s’épaissit,
je porterai ma terre dans ma bouche
comme une langue de feu.
Loin d’elle, certes,
mais debout dans son appel,
et vivant dans tous ses possibles.