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Résistance

Un écolier du Tiers Monde est aussi un enfant

Par Jean Venel Casséus

Avec la bouche froide des empires, Avec l’encre sèche des cartes, Avec la science obscure Qui classe les morts avant les mots. Ils ont regardé le cartable De l’enfant Comme on regarde une frontière, Son cahier Comme on soupçonne un drapeau, Sa langue Comme une faute Dans la grammaire du monde. Puis ils ont bombardé Sa marche, Ses crayons de peuplier, Son pain plié dans le matin, Et son soleil en papier-cadeau. Ils ont décidé Qu’un enfant cesse d’être un enfant Dès que son pays dérange. Ils ont posé sur ses épaules minces Le poids d’un pétrole, D’un détroit, D’une revanche, D’une stratégie écrite dans des salles Où l’on ne voit jamais Le visage d’une mère seule sous les étoiles. Il avait neuf ans, peut-être dix, Peut-être plus, peut-être moins... Mais l’âge exact Où la terre devrait n’être Qu’une cour de joie et de lumière, De rêve et de rire. L’âge des tables de multiplication, Des billes perdues, Des nuages qu’on appelle chevaux. Mais ils lui ont donné L’âge du soupçon, L’âge de la cible, L’âge de la bombe, L’âge d’une nationalité Sans nom ni regard. Pour eux, Un écolier du Tiers-Monde N’est pas un enfant, Ce n’est qu’un Tiers-Monde. Pas de lait sur les lèvres, Pas de fièvre la nuit, Pas de rêves sous l’oreiller, Pas de main vivante Pour recoudre le soir. Comme si l’enfant Naissait hors de l’humanité, Dans une cave de géopolitique, Avec pour berceau Le bruit des sanctions, Et pour comptine Le vacarme des missiles. Mais moi, je dis : Un écolier du Tiers-Monde Est un enfant plus ancien Que les bombes, Plus vrai que les discours, Plus innocent Que les alliances. Plus sacré Que vos raisons d’État. Je dis : Sa petite main tachée d’encre Pèse plus lourd Que les fois et les dieux. Il a droit à un matin. Droit à un tableau. Droit à l’erreur sur une dictée. Droit à la cloche de midi. Droit à l’avenir, La forme la plus haute de la justice.