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Haïti

Demain sera midi dans ton sourire

Par Jean Venel Casséus

Chaque colline a une prière faisant bouger sa montagne, chaque ravine une mémoire qui parle aux pierres désespérées, chaque arbre un vieux tambour dans la patience du vent. Ô mon pays, je t’entends lever ta brassée d’aube sur les mornes, dans l’eau vive aux chevilles d’ombre, dans le tam-tam clair des feuillages, dans la rosée cousant du jour aux haillons tendres des jardins. Je te connais, terre de canne, de flamboyants et de grand vent, de femmes avec tant de soleil noué dans l’anse de leurs hanches, d’enfants gardant au fond des yeux des îles de rêves et de lumières. Car ton peuple, c’est la science des possibles, des fruits et des racines ; sous les fouets, il prépare ses rêves, dans la nuit, il mûrit sa couleur, et dans chaque main qu’on croit vide, son soleil se réchauffe, plus ardent que ses larmes. Demain viendra de tes maisons, du pain partagé comme parole, des ateliers pleins de pollen, du droit mêlé au pas des hommes, et de la paix devant les portes. Ô mon pays, demain sera midi dans ton sourire lavé de nuit, dans les écoles, dans les chantiers, dans les marchés, sous les trottoirs, et dans les yeux de nos enfants, faits de poèmes et de chansons. Demain sera midi, midi tapant dans ton sourire.