Amour
Jouir
Jouis de la vie
comme on faisait l’amour, l’autre soir, à Turgeau,
sous ce manguier mythique
ayant connu les ombres de milliers de passants,
les serments éternels
des amants provisoires.
Jouis de l’amour
comme on vivait autrefois :
les fenêtres ouvertes,
nos chemises abandonnées,
sans demander au lendemain
la permission d’être heureux.
Jouis de cette pluie
quand elle surprend Port-au-Prince
et contraint la poussière à se taire.
Jouis de ce vent
quand il soulève la robe des flamboyants
et rend aux rues
un peu de leur ancienne innocence.
Jouis de ton café brûlant,
du clairin sans glaçons,
d’une mangue mordue à pleines dents,
d’une chanson de Coupe Cloué
échappée d’une vieille radio,
de deux corps qui se reconnaissent
avant même de se toucher.
Jouis sans honte.
La honte est l’invention
de ceux qui n’ont jamais su quoi faire
de leur propre désir.
Jouis sans compter.
Le plaisir ne tient pas de registre.
Jouis de la bouche qui t’appelle,
de la main qui te cherche,
de la peau qui s’ouvre à toi
comme une maison longtemps inhabitée
retrouve enfin sa lumière.
Jouis de l’instant,
car le temps est un voleur poli.
Il frappe rarement à la porte,
mais finit toujours
par emporter les meubles.
Jouis
sans compter les cris.