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Résistance

N’ayons pas peur de la paix

Par Jean Venel Casséus

N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est qu’une école intacte au milieu d’une petite ville. N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est qu’un cahier ouvert, un bol de lait tiède, une mère qui ferme sa porte et qui chante pour la nuit. N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est qu’une lampe allumée sur une table de devoirs, une chaise qui attend, du pain encore chaud sous un linge propre. N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est qu’une cour balayée tôt, de l’eau claire dans un seau, un arbre qui donne son ombre, un vieux chien étendu près du seuil. N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est qu’un enfant qui s’attarde à dessiner un soleil, une fenêtre ouverte, des rideaux calmes, un père qui rentre avec la fatigue douce du soir. N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est qu’un marché du matin, des mangues sur une planche, des voix qui se répondent, une poignée de main, la monnaie rendue sans hâte. N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est qu’un banc devant la maison, deux voisins qui parlent bas, une grand-mère assise, ses mains pleines de temps, et le jour qui ralentit sans demander permission. N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est qu’un drap qui sèche, un uniforme d’écolier, une cloche quelque part, un cahier qu’on referme, un sommeil qui vient sans se faire attendre. N’ayons pas peur de la paix. Ce n’est peut-être, au fond, qu’un enfant qui grandit sans avoir un jour à demander pourquoi le monde n’a pas su l’aimer simplement.