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Que jaillisse dans ma bouche l’eau de ta source

Par Jean Venel Casséus

Je viens vers toi pour que tu viennes, la nuit penchée sur nos paupières comme un manguier sur l’eau qui tremble. Viens, ma chérie ! Viens ! Sur ma langue en petit bateau perdu dans le miel de tes rives. Viens, ma chérie ! Viens ! Que jaillisse dans ma bouche le silence de tes cris, comme un secret chantant sous la cadence des feuilles. Tremble, ma chérie ! Tremble ! Laisse ma bouche sur ta carte et mes ombres dans ce jardin qui s’ouvre quand tu soupires. Viens, ma chérie ! Viens ! Je ne nommerai le feu pas avant que le jour ne rougisse nos chevilles. Crie, ma chérie ! Crie ! Et quand la source aura dit notre univers dans une langue de sel et de frissons, nous resterons immobiles, deux fruits mûrs au bord du vertige, la bouche pleine de la même eau. Ainsi soit-il ! Par mes mains ou par ma bouche, tu seras toujours la bienvenue. Viens, ma chérie ! Viens !