Oublions Port-au-Prince, la république de Port-au-Prince, pour parler pays, pays dans sa dimension la plus noble : son capital humain. Parlons de celles et ceux dont les compétences, l’imagination et le travail peuvent donner un avenir à ce territoire. Nous avons tellement pris l’habitude de chercher Haïti dans les lieux du pouvoir que nous oublions de la regarder là où des femmes et des hommes apprennent à exercer leurs capacités.
Le samedi 12 septembre 2026, au Convention Center de Jacmel, la Fondation AIC, avec le soutien de CAR Management, a réuni de jeunes universitaires, des professionnels et des entrepreneurs autour du leadership, de l’entrepreneuriat et de la gestion des risques. Trois sujets qui touchent à une même question : comment permettre à une génération de prendre part à la construction du pays avec des moyens qui dépassent la bonne volonté ?
Car la jeunesse haïtienne reçoit beaucoup d’injonctions. On lui demande de croire, de rester, de s’engager, de sauver la nation. On lui confie volontiers l’avenir, tout en lui laissant peu de prise sur le présent. Entre les discours qui célèbrent son potentiel et les possibilités de le développer, il reste un travail immense. Former constitue une manière de commencer à réduire cette distance.
À Jacmel, Morlan Mirandin et Dondy Pierre, de CAR Management, ont abordé la création d’entreprise et les étapes nécessaires pour transformer une idée en projet. Émile Panthaléon est intervenu sur la gestion des risques. Ces échanges ont placé l’initiative dans ses exigences concrètes : préparer, organiser, anticiper les difficultés et prendre des décisions dont on peut mesurer les conséquences.
Une idée, aussi généreuse soit-elle, a besoin de méthode. L’enthousiasme ne tient pas une comptabilité, ne mesure pas un marché et ne protège pas une activité contre les imprévus. Apprendre à entreprendre, c’est aussi apprendre à reconnaître ses limites, à demander conseil et à distinguer le risque que l’on peut assumer de celui qui menace tout le projet.
Olivier Barrau, président de la Fondation AIC, a articulé son intervention autour de quatre exigences : la discipline, la vision, l’innovation et la maîtrise des nouvelles technologies. Leur intérêt se mesure à ce qu’elles peuvent changer dans les pratiques. La discipline engage à tenir ses obligations. La vision oblige à penser au-delà de l’urgence. L’innovation demande de chercher des réponses adaptées aux problèmes rencontrés. La technologie offre des moyens de travailler, de produire et de rejoindre des marchés auxquels la distance rendait l’accès difficile.
Le leadership prend alors un sens qui mérite d’être défendu. Il suppose une responsabilité envers les autres, une capacité à rendre compte et une cohérence entre la parole et les actes. Un pays a besoin de responsables capables de diriger une entreprise, une école, une association ou un service public avec cette même exigence.
C’est sous cet angle que l’initiative de Jacmel mérite attention. Elle place la formation des habitants au cœur de la construction du pays. La collaboration entre la Fondation AIC et CAR Management rapproche la formation des réalités professionnelles et entrepreneuriales. Elle ouvre un espace où l’on peut parler d’avenir à travers des compétences à acquérir et des projets à organiser.
Il faudra cependant que cette rencontre trouve des prolongements. Une formation prend toute sa valeur lorsque les participants peuvent mettre leurs acquis à l’épreuve, recevoir un accompagnement et accéder aux ressources nécessaires. Le suivi, le mentorat, les possibilités de financement et les réseaux professionnels comptent dans le passage de l’apprentissage à l’activité. L’effort mérite d’être poursuivi jusque-là.
Car la vraie capitale d’Haïti est son capital humain. Il faut y investir.
