En 2007, l’Assemblée générale des Nations unies a choisi le 15 septembre pour observer chaque année la Journée internationale de la démocratie. Dix-neuf célébrations plus tard, la date tient encore dans le calendrier ; les principes qu’elle honore tiennent moins droit. Si l’on radiographie aujourd’hui le respect des droits humains, la liberté d’expression, le pluralisme politique et la participation citoyenne, les quatre piliers apparaissent toujours. Aucun n’a gardé sa verticale.
Les guerres ont placé les droits humains sous le régime des alliances. Sous les bombes, l’universalité change de passeport. La mort d’un civil ne reçoit ni le même vocabulaire, ni la même indignation, ni la même réponse diplomatique selon le territoire où elle survient et le drapeau qui couvre l’arme. Certains crimes appellent des sanctions ; d’autres obtiennent une prudence grammaticale. Le premier pilier plie chaque fois que le droit hésite devant la puissance.
La liberté d’expression parle encore, mais son microphone appartient de plus en plus à ceux qui règlent le volume. La censure d’État demeure ; elle partage désormais le travail avec la concentration des médias, l’intimidation judiciaire, le harcèlement numérique et les algorithmes. On peut publier sans atteindre, parler sans être entendu, dénoncer tout en restant invisible. Dans 32 des 44 pays engagés dans un processus d’autocratisation recensés en 2025, la censure médiatique figure parmi les méthodes employées. On ne ferme plus toujours la bouche : on organise son inaudibilité.
Le pluralisme politique souffre moins du manque de partis que de la disparition progressive de l’adversaire. Celui qui pense autrement reçoit le costume de l’ennemi, du traître ou de l’étranger intérieur. La montée de l’extrême droite s’inscrit dans cette logique. Elle ne rejette pas nécessairement les élections ; elle emprunte parfois les urnes pour réduire l’espace accordé aux différences. Le bulletin ouvre la porte, puis certains élus changent la serrure. Les campagnes confrontent de moins en moins des projets ; elles désignent des populations à craindre, des droits à réduire et des colères à administrer.
La participation citoyenne, elle, s’approche dangereusement du comptoir. Aux États-Unis, Donald Trump a promis un « dividende » de 5 000 dollars à chaque citoyen adulte si les républicains conservent la Chambre des représentants et le Sénat lors des élections de mi-mandat. La formule ne paie pas directement un bulletin identifié ; elle conditionne toutefois une récompense financière à la victoire d’un camp. Le programme politique prend alors la forme d’un bon d’achat différé. On ne demande plus uniquement au citoyen ce qu’il pense, mais combien coûterait son espérance.
Ailleurs, la participation s’exerce dans des espaces politiques dont les limites sont parfois dessinées de l’extérieur. Désinformation, financement clandestin, pressions diplomatiques, sanctions économiques et choix des interlocuteurs jugés « acceptables » travaillent les élections avant même l’ouverture des bureaux de vote. Dans les États fragiles, la puissance étrangère n’a pas besoin de supprimer l’élection. Elle peut influencer son calendrier, distribuer les certificats de respectabilité et reconnaître le résultat qui protège le mieux ses intérêts.
Le système international chargé de défendre la démocratie porte lui-même une hiérarchie difficile à dissimuler. Au Conseil de sécurité, cinq États disposent d’un droit de veto capable d’arrêter la volonté du reste du monde. Les organisations régionales dépendent du financement, du poids diplomatique et des priorités de leurs membres les plus puissants. Elles observent les élections des petits États avec une loupe, mais trouvent rarement un miroir assez grand pour examiner ceux qui les financent, les bloquent ou les orientent. L’égalité figure dans les chartes ; le rapport de force dirige souvent la séance.
