Dans quelques jours, l’été s’achèvera. Mais, sur le plan des soirées mondaines, particulièrement dans le milieu du compas direct, le seul bilan qui tienne est qu’il a neigé à Port-au-Prince, tant le froid répandu par le kidnapping a glacé et glace encore la ville. Même les personnes les mieux protégées par l’État ne sont plus à l’abri. Un directeur général par-ci, un chef de cabinet par-là : les ravisseurs frappent jusque dans les cercles où les gardes du corps, les véhicules blindés et les relations officielles étaient encore considérés comme des garanties.

Les chants des balles ont tué les bals. Ils ont couvert les musiques, interrompu les fêtes et vidé les salles. À Port-au-Prince, le bruit des armes menace les corps et étouffe les occasions de se retrouver, de danser et de célébrer. Avant d’accepter une invitation, on évalue désormais le quartier, l’itinéraire, l’heure du retour et les risques du déplacement. Le plaisir d’une sortie doit obtenir l’autorisation de la prudence.

Les soirées mondaines de la capitale se réduisent comme peau de chagrin. Les réceptions, les concerts, les rencontres culturelles et les dîners tardifs perdent leur public ou se replient derrière des murs lourdement gardés. Les invitations commencent plus tôt. Les invités repartent avant la fin. Une chaise vide peut traduire la peur d’un carrefour, d’un véhicule suspect ou d’un appel que personne ne souhaite recevoir.

La zone métropolitaine subit une forme de castration. Elle est privée de sa capacité à produire de la rencontre, du désir, de la création et du mouvement. La capitale conserve son corps, mais plusieurs de ses fonctions sociales sont paralysées.

La ville apprend à se coucher selon les messages reçus sur WhatsApp, les rumeurs du quartier et les dernières nouvelles d’un axe routier.

Dans quelques jours, l’été s’achèvera. La ville devrait être chaude, mais elle est froide ; la ville a froid.

Et l’automne arrivera.

Ô saints ! Ô loas ! Faites qu’on ne ramasse à la pelle que des feuilles mortes.