La Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion (CNDDR) a organisé, le 4 septembre 2026, à Palm Residence, à Pétion-Ville, une journée d’information et d’échanges consacrée aux « meilleurs mécanismes de communication pour la promotion de la paix en Haïti ». Plusieurs journalistes et représentants d’organisations y ont pris part. L’objectif annoncé était de susciter l’intérêt des médias nationaux, de les impliquer et de les encourager à participer activement à la campagne de promotion de la paix menée par la Commission.

L’initiative paraît honorable. Elle devient pourtant dérisoire lorsqu’on la replace dans la réalité du pays. On parle de désarmement, de démantèlement et de réinsertion comme si Haïti traversait une crise ordinaire, dans laquelle quelques jeunes égarés accepteraient de déposer les armes après une campagne de sensibilisation. On discute de paix dans une salle climatisée de Pétion-Ville pendant que des groupes armés contrôlent des quartiers, occupent des territoires, perçoivent des taxes, imposent des couvre-feux, bloquent des routes, déplacent des populations et contestent directement à l’État le monopole de la violence.

Le problème n’est donc pas de trouver les meilleurs mots pour parler de paix. Il est de savoir s’il existe encore un État capable de l’imposer.

Le désarmement ne commence pas par la communication. Il commence par un rapport de force. Pour désarmer un groupe, il faut être en mesure de l’identifier, de l’isoler, de couper ses sources de financement, d’interrompre son approvisionnement en armes, de reprendre les territoires qu’il contrôle et de contraindre ses membres à choisir entre la reddition et la justice. Or, en Haïti, ce sont souvent les groupes armés qui fixent les conditions de circulation, décident quelles institutions peuvent fonctionner et déterminent jusqu’où les forces publiques peuvent avancer.

Dans un tel contexte, demander aux médias de promouvoir la paix risque surtout de leur confier la communication d’une politique que l’État n’a pas les moyens d’exécuter. Les journalistes peuvent informer la population, expliquer les enjeux du désarmement, déconstruire la propagande des groupes armés et empêcher la glorification de leurs chefs. Ils ne peuvent cependant ni récupérer les fusils, ni arrêter les criminels, ni reprendre les territoires perdus. Ils ne doivent surtout pas devenir les agents publicitaires d’une paix administrative produite dans des ateliers.

La paix n’est pas un slogan à diffuser. Elle est le résultat d’une autorité restaurée, d’une justice fonctionnelle et d’une sécurité effectivement garantie.