Un nez concombre sur la photo ! C’est pas beau pour la galerie… Hier, quand tout le monde encensait Thélyson Orélien pour son roman C’était ça ou mourir, les médias français le présentaient comme un écrivain québécois d’origine haïtienne. Depuis la machination laissant croire que son livre serait l’œuvre de l’intelligence artificielle, ils le présentent comme un écrivain haïtien. Des internautes collectionnent les captures d’écran de RFI comme on ramasse, après l’incendie, les preuves que la maison avait bien une porte.

Le succès était québécois. Le soupçon est haïtien.

Je regarde cette nationalité voyager au rythme de la réputation. Lorsque le roman monte, le Québec l’accueille. Lorsque l’accusation tombe, Haïti récupère son enfant avec le dossier attaché au cou. Thélyson Orélien n’a pourtant changé ni de visage, ni de livre, ni d’origine entre les deux articles. Seul le regard posé sur lui a changé de passeport.

Le Noir applaudi est mort. Vive le Noir suspect !

L’Académie Goncourt a retiré C’était ça ou mourir de sa première sélection. Dans son communiqué, elle évoque des plagiats dont l’auteur se serait rendu coupable, puis les conclusions convergentes de chercheurs et de journalistes « dignes de foi », selon lesquelles le roman serait, « selon toute vraisemblance », très largement produit par une intelligence artificielle.

Les mots choisis par l’Académie trahissent son sérieux : « selon toute vraisemblance » exprime une probabilité, tandis que la suppression prononce déjà la sentence. Je cherche les rapports complets, les méthodes employées, les extraits examinés et les marges d’erreur. Je ne trouve que l’autorité de ceux qui affirment et le silence imposé à celui que leur affirmation condamne.

La littérature française vient de fabriquer son tribunal à huis clos. Les experts restent derrière le rideau, les preuves dans les poches et l’écrivain haïtien sous la lumière. Son visage suffit à la photographie judiciaire ; le dossier, lui, peut rester invisible.

Je refuse que le plagiat et l’intelligence artificielle soient jetés dans le même sac afin que le poids de l’un serve à condamner l’autre. Un plagiat se démontre : on pose un texte à côté de sa source, on souligne les ressemblances et l’auteur répond. La détection de l’IA produit des probabilités. Elle peut prendre une phrase régulière pour une machine, une écriture maîtrisée pour un aveu ou une ponctuation disciplinée pour un crime.

Puisque ces analyses suffisent à effacer un roman du Goncourt, je demande que tous les autres livres passent publiquement par le même contrôle. Je veux connaître les outils utilisés, les textes soumis, le protocole retenu, les résultats obtenus et les marges d’erreur. Je veux que les auteurs, les éditeurs, les lecteurs et les journalistes puissent examiner les pièces. Une expertise secrète n’a pas le droit de réclamer une confiance publique.

Je ne réclame aucune faveur pour Thélyson Orélien. Je réclame pour lui la même rigueur, le même soupçon et la même présomption que pour les autres. Si son roman doit ouvrir ses entrailles devant les détecteurs, que les autres ouvrages montent sur la même table. Que chacun apporte ses brouillons, ses ratures, ses fichiers et sa poubelle littéraire.

Le racisme ne crie pas toujours. Parfois, il distribue les contrôles, les nationalités et les rôles. Il laisse certains écrivains traverser la frontière avec leurs livres fermés et demande à l’écrivain haïtien d’ouvrir sa valise, son manuscrit et bientôt son crâne.

L’Académie affirme vouloir protéger la littérature écrite par des femmes et des hommes. Je la prends au mot. Qu’elle organise publiquement le contrôle de chaque roman maintenu dans sa sélection. Même détecteur. Même lumière. Même droit de réponse.